2015 : un grand cru ?

By | 31 janvier 2015

 

Lundi 26 janvier 2015 : Afin de favoriser la reconstiution du stock de bars en Manche, la commission européenne propose de limiter l’ensemble de la pêche récréative à 3 individus par jour et par personne. Voir article original en anglais

Comme le pêcheur sous-marin fourbu et fier du retour de sa pêche armoricaine en haut de la falaise de granit, prenons de la hauteur, retournons-nous et apprécions le chemin parcouru au cours de ces derrniers mois. C’est un travail de vigneron… fait de patience et d’opiniâtreté, à goûter avec modération.

 

Bref historique

Novembre 2014 : Face au déclin de la ressource bar, la commission européenne propose l’instauration d’un quota de un bar/jour/pêcheur loisir avec la bienveillance de la Direction des Pêches Maritimes. Le permis de pêche est également évoqué par ailleurs.Les pêcheurs récréatifs montent au créneau et manifestent par différents canaux leur exaspération. Lire le communiqué FCSMP

Mardi 16 décembre 2014 : Le conseil des ministres européens rejette cette proposition. Aucun accord n’est obtenu permettant de dégager une solution équilibrée entre pêche professionnelle et pêche de plaisance. Lire l’article correspondant

Vendredi 16 janvier 2015 : Suite à la demande adressée par le Royaume-Uni le 19 décembre, la commission européenne décide de fermer en urgence la pêche du bar au chalut pélagique. Lire l’article correspondant

Lundi 20 janvier 2015 : Les ligneurs de la pointe Bretagne dénoncent dans un communiqué la faillite du sytème qui a abouti à l’effondrement des stocks de bars en Manche Mer du Nord. Lire l’article correspondant

Lundi 26 janvier 2015 : La commission européenne propose de nouvelles séries de mesures dont une visant à limiter l’ensemble de la pêche récréative à 3 individus par jour et par personne. Voir article original en anglais

 

La protection de la ressource : une victoire de la raison

L’arrêt du chalutage sur les frayères en Manche s’est, ce mardi 27 janvier, traduit en décrets d’application. Ce premier coup d’arrêt à la course au profit facile doit être salué. Certes, la transformation des chalutiers pélagiques en chalutiers de fond est possible, comme l’est un report de la surexploitation sur les stocks de bars atlantiques. Mais personne ne peut nier que le labrax a gagné un répit. Grâce à nous !

Dès 2009, la FCSMP était signataire d’une pétition réclamant une évaluation sérieuse de l’état des stocks de bars en Manche et Atlantique ainsi que le respect d’un repos biologique pour favoriser les recrutements. Lors du salon des pêches de Nantes de 2013, nous continuions d’interpeller les autorités pour dénoncer l’hérésie du chalutage des frayères. Face aux efforts des amoureux du bar, les politiques ont pris leurs responsabilités. Ayons en cet hiver une pensée pour les bancs de bars qui vont pouvoir enfin se reproduire sans risquer d’être réduits en farine au bas cours.

 

Les fédérations de pêcheurs loisirs, avec leur culot, leur audace de David contre Goliath (ignorées à Nantes en novembre 2014  lors des Assises de la mer, alors qu’elles avaient organisé un an plus tôt à Saint-Nazaire les premières Assises de la pêche plaisance), les « fédés » donc creusaient leur sillon en continuant à porter la parole de la raison à Paris, Bruxelles, en Irlande…. 

Un peu tard, les « ligneurs » professionnels relayaient eux aussi cette crainte pour la pérennité de la ressource. Lire l’article correspondant

Un grand merci aux associations, fédérations et citoyens, qui ont continuellement interpellé les autorités sur le pillage des frayères.

Convergence, objectivité, pugnacité devraient dorénavant sauver le bar. Comment, pour les autorités, après le coup d’arrêt au chalutage, limiter également la pêche loisir ?

 

Autoriser l’accès à la ressource : une équipe soudée

Ces dernières années, un discours commun a du être partagé et assumé par les fédérations, loin de prises de positions culpabilisantes ou victimisantes (ce qu’il n’a pas fallu entendre ou lire avec nos initiatives des mailles et caudales !!). Ce discours novateur autour de la « pêche éco-responsable », est enfin repris par Bruxelles depuis 2 jours.

With over 1.3m recreational anglers in France and another 800 000 in the UK, many thousands of jobs also depend on recreational fishing.

Ainsi, l’impact économique de la pêche plaisance est pris en compte directement par les institutions. Expliqué haut et fort pendant les assises de la pêche plaisance, avec l’appui de la fédération des industries nautiques (FIN), le poids des passionnés de la pêche en mer (et d’apnée également) devient significatif.

Member States would also need to set a minimum size of 42 cm so that fish are not caught, or are released, before they have reproduced.

 

A noter également que la maille de 42 cm, à l’initiative des pêcheurs loisirs en France depuis 2013, devient un modèle et semble avoir permis de se positionner la tête haute dans ces négociations. La quête passionnée du bar peut donc continuer grâce à une anticipation, un positionnement qui date de 2008.

 

Merci aux précurseurs, signataires de chartes, qui ont diffusé une nouvelle éthique, qui aujourd’hui, paie.

 

 

Une vendange équilibrée ?

Toutefois, avec trois bars par jour et par personne, la part de la pêche loisir paraît bien mince. Ce quota très strict démontre que la voix de la pêche loisir dans son ensemble demeure encore trop faible.

Certes, le pêcheur plaisancier pourra regretter les approximations européennes qui lui font endosser 25 % des prélèvements de bars sans tenir compte par exemple du rélèvement de la maille à 42 cm en 2012. Ici encore, l’absence de carnet officiel de prélèvement joue en sa défaveur. L’imprécision des données mène à des extrapolations irréalistes des autorités.

Le pratiquant doit apprendre lui aussi à creuser le sillon des récoltes, à participer à la protection de sa passion, à s’investir et à faire confiance aux fédérations qui les représentent.

Un quota plus élevé aurait-il pu être obtenu ? Rappelons qu’il s’agit de mesures d’urgence prises pour l’année 2015 et que des négociations devront être menées cette année pour définir un plan de gestion durable. Du point de vue des pêcheurs sous-marins, il faut reconnaître que ces mesures restent acceptables et plutôt bien acceptées par la communauté.

2014 commençait tristement par un moratoire discriminatoire sur le corb et risquait de finir par un quota inique sur le bar. A l’inverse, 2015 débute par un moratoire pour la pêche industrielle pour protéger la ressource, le bar, ce poisson emblématique du pêcheur loisir, et le quota prévu la pêche loisir est corrigé à la hausse par rapport aux premières recommandations. On doit relever que malgré l’urgence, l’avis des pêcheurs loisir a enfin été entendu.

Merci à toutes les structures qui se sont impliquées dans ce combat et qui ont pesé pour faire bouger des lignes a priori figées !

 

Comment ce vin se bonifiera-t-il ?

Comment ce quota sur le bar évoluera-t-il ? Aux pêcheurs loisirs, aux chasseurs sous-marins de tirer les leçons. Ni les articles de presse, ni les cris poussés sur les réseaux sociaux et Internet, n’ont pesé dans cette crise du bar.

A l’inverse, la mesure objective de nos prélèvements via des sciences participatives, la confiance dans des fédérations solidaires, la vision à long terme, sont les piliers d’une véritable force qui prend de l’ampleur.

Aujourd’hui, le bar est peut-être sauvé. Loin de tout tromphalisme, il convient de rester vigilants et de surveiller ce dossier, comme pour d’autres ressources et d’autres règlements.

Merci d’avance aux pêcheurs loisirs pour leur solidarité et leur implication structurée.

 

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