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L'enquête s'est déroulée au cours de l'année 2009 avec le concours de l'institut BVA qui a sondé les habitants des départements
littoraux des façades Manche, Mer du Nord et Atlantique pour constituer un panel de pêcheurs de bars. Dans une deuxième phase, les volontaires ont rempli des carnets de pêche décrivant plus précisément leurs sorties en mer, qui seront exploités ensuite à des fins statistiques.
La FCSMP vous livre les élements clés de l'étude ainsi que quelques explications complémentaires.
Le contexte
Revenons un peu en arrière. En février 2009, l'Ifremer publie une synthèse intitulée le Bar, une espèce convoitée . S'appuyant sur plusieurs études et enquêtes antérieures, l'institut arrive aux conclusions suivantes :
- le bar est une espèce emblématique de la pêche en ce sens où il
est recherché par tous les types de pêcheurs pros et loisirs.
- les captures de la pêche de plaisance seraient du même ordre de grandeur que celles des pêcheurs professionnels (entre 5000 et 6000 tonnes annuelles mais la marge d'incertitude sur les prélèvements des plaisanciers est énorme).
- l'état de la ressources est jugé bon par le CIEM.
-malgré cet état des stocks estimé positif, se pose la question de la mise en place de mesures de gestion afin d'éviter une surpêche amenant l'espèce en danger (mieux vaut prévenir que guérir)
La règlementation française actuelle comprend simplement une
taille limite de capture de 36 cm sur les façades Manche, Mer du Nord et Atlantique (25 cm en Méditerranée) applicable aux
pêcheurs amateurs et professionnels. Pour les pêcheurs
professionnels, les apports sont limités a 5 tonnes
hebdomadaires par navire, plus pour éviter l’engorgement des marchés (donc la chute des cours) pendant la période hivernale que pour la gestion de la ressource, dixit l'Ifremer.
Dans le cadre de la réforme de la Politique Commune de la Pêche (PCP), l'Union Européenne met la pression aux états membres afin qu'ils évaluent précisément l'impact des pêches récréatives dans la gestion des stocks
halieutiques. Au vu des enjeux économiques et environnementaux actuels et futurs, ils n'acceptent plus cette trop grande imprécision sur les captures alors que la pression sur les ressources halieutiques va nécessairement augmenter.
Le Bar : un poisson convoité par tous
Du fait de sa forte valeur marchande (le bar se classe à la troisième place en valeur des espèces commerciales en France), le bar est traditionnellement ciblé par certains pêcheurs professionnels côtiers (fileyeurs, palangriers et ligneurs). Mais les chalutiers et les fileyeurs s’intéressent de façon saisonnière à cette espèce qu’ils capturent lors des grands regroupements sur les frayères. En raison de leurs importantes capacités de pêche et de la concentration des poissons, ce sont ces unités qui réalisent l'essentiel des prises (80% des débarquements d'après les chiffres de l'étude Ifremer de 2005).
Du côté des pêcheurs récréatifs, le bar est considéré comme le poisson roi en raison de son statut de prédateur, de sa combativité et de la qualité de sa chair. D'après l'enquête Firemer relative à la pêche de loisir (récréative et sportive) en mer entre 2006 et 2008, il apparait largement en tête des 5 espèces de poissons les plus prisée des pêcheurs loisirs, devant le maquereau et le lieu.
Le constat est clair : il existe de nombreuses rivalités et des conflits d'intérêt sur cette espèce.
L'étude Ifremer sur 2009 : éléments clés
L'enquête s'est intéressée exclusivement à la pêche au bar par les loisirs. Seuls les habitants des départements littoraux ont été sondés.
- Le nombre de pêcheurs de bars loisirs littoraux est estimé à 229 000, soit 1,8% de la population étudiée.
- Les départements les plus actifs en nombre : Le Finistère (30418 pêcheurs), la Gironde (22092) et la Loire-Atlantique (20087).
- Les départements les plus actifs en proportion de leur population : Le Finistère
et la Manche.
- Répartition équitable entre la pêche du bord et la pêche en bateau.
- 3/4 des pêcheurs ont utilisé une canne à pêche, 1/3 une ligne de traîne
- La proportion de pêcheurs sous-marins se situe aux alentours de 8%.
- 45% des pêcheurs font moins de 15 sorties annuelles, 20% plus de 30.
- Près de la moitié des pêcheurs ont prélevé 5 bars ou moins, 75% moins de 16.
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L'avis du Collectif Bar Européen (CBE)
D’entrée de jeu, nous avons vu que les faits ne permettent pas de conforter l'affirmation actuellement répandue selon laquelle la pêche de loisir ne représente que 1 à 2% de la pêche professionnelle. Dans cette mesure, cette affirmation relève plus de l'allégation que du résultat d'une analyse sérieuse des chiffres. Nous avons également pu mettre en évidence que pour 5 espèces particulières, l’impact de la pêche de loisir entrait dans les mêmes ordres de grandeur que ceux de la pêche professionnelle, les prélèvements de la première pouvant être supérieurs à ceux de la seconde dans certaines circonstances.
Ainsi dans certains cas, la pêche de loisir peut même devenir la première entité de prélèvement.
Le CBE estime aujourd’hui qu’il devient absolument nécessaire de tenir compte des prélèvements de la pêche de loisir par le maintien de système de suivis des captures (déclarations des captures, estimations par sondage, enquêtes de terrain). Seule une réelle prise en compte des captures des pêcheurs de loisir, plus que conséquentes dans certains cas, et de leur évolution dans le temps permettra d’assurer une gestion efficace des stocks halieutiques.
Le CBE insiste notamment sur la nécessité pour les scientifiques de tenir compte des estimations des captures par la pêche récréative dans les avis qu’ils produisent, que ce soit dans le cadre de points périodiques sur l’état des ressources ou de celui de la définition des quotas et Totaux Admissibles de Capture.
L'avis de la FCSMP
L'enquête Ifremer 2010 n'apporte pas de grandes nouveautés par rapport à l'étude de 2005. Peut-être que l'analyse précise des carnets de pêche permettra dans un second temps d'obtenir des résultats plus fins. Cependant, la fiabilité des données est loin d'être acquise puisqu'elle repose sur 460 pêcheurs de bars volontaires, censés en représenter 229 000 ! Peut-on considérer cet échantillon vraiment représentatif ? Autre doute : les déclarations sont-elles le reflet de la réalité ? Sans tomber dans le septicisme systématique à l'égard de ce type de démarche, la naïveté ne peut être de mise.
Nous remarquons que la part des prèlevement déclarés par la grande majorité des pêcheurs loisirs est compatible avec la notion de table familiale. Néanmoins, au-delà de 50 captures de bars à l'année, le doute est permis. Mais gardons la tête froide ! Ces cas relativement marginaux n'ont finalement pas ou peu d'impacts sur l'état de la ressource globale et il convient aux autorités d'être courageuses et de s'attaquer aux vrais problèmes. A ce titre, la position du CBE nous surprend un peu quant aux impacts supposés comparables voire supérieurs de la
pêche récréative par rapport la pêche professionnelle.
A l'heure du développement durable et de la nécessaire gestion raisonnée des ressources de notre planète, comment admettre aujourd'hui toutes ces tonnes de poissons sacrifiés inutilement : captures accidentelles, rejets de juvéniles, vente au prix de retrait puis destruction. De même, comment justifier d'un point de vue environnemental les chalutages sur les frayères de bars et une maille légale à 36 cm, bien en dessous de la maille de reproduction estimée à 42 cm par bon nombre d'acteurs ? Nous considérons que la pêche loisirs et certaines formes de pêches cotières professionnelles (ligneurs par exemple) s'inscrivent parfaitement dans cette optique de gestion durable. Il est temps de s'attaquer au noeud du problème !
Les données du problème restant inchangées, nous renouvellons nos recommandations aux pêcheurs sous-marins, à savoir :
1. Maille biologique à 42 cm afin de laisser le temps au bar de se reproduire.
2. Respect de la période de frai en Manche et Atlantique, prélèvements ciblés et raisonnés en Méditérannée
3. Nombres de prises limités à la consommation familiale.
4. Participation des PSM aux études institutionnelles et remplissage du carnet de prélèvement en ligne sur le site FCSMPassion.
5. Implication des PSM dans les structures gestionnaires des parcs marins et des zones Natura 2000 afin de participer localement aux travaux de réflexion et à la gestion des ressources.
Philippe Gautier
Pour aller plus loin :
Ifremer Mars 2005 : Etude de la pêche récréative du Bar
Ifremer Mars 2007 : Point sur les travaux de recherche sur les pêches récréatives et sportives en mer
Ifremer Avril 2009 : Synthèse des résultats finaux de l'enquête relative à la pêche de loisir en mer en Métropole et dans les DOM.
FranceAgriMer Juin 2009 : BILAN ANNUEL 2008 - Données de ventes déclarées en halle à marée
Ifremer Janvier 2010 : Synthèse des résultats finaux de l'enquête relative à la
pêche de loisir en mer en Métropole et dans les DOM.
CBE Mars 2010 : Comparaisons approfondies des prélèvements effectués par la pêche de loisir et la pêche professionnelle en France métropolitaine
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