Avant-projet Parc National des Calanques
Avis FCSMP
Préambule
Monsieur le Président,
Vous avez bien voulu solliciter l'avis de la Fédération Chasse Sous Marine Passion sur l'Avant-Projet de création du Parc National des Calanques. Nous vous sommes gré de la confiance que vous nous accordez ainsi et de la reconnaissance que vous faites de notre démarche de représentation et de modernisation de la pratique de la pêche sous-marine.
La création d'un Parc National pour les Calanques est une perspective dont nous nous réjouissons particulièrement. Depuis longtemps, les pêcheurs sous-marins, observateurs privilégiés du milieu marin, constatent la dégradation progressive et profonde des écosystèmes de ce littoral dont les potentialités biologiques sont pourtant considérables. Les moyens d'une restauration et d'une valorisation de ce site exceptionnel sont attendus avec beaucoup d'espoir par tous les amoureux de la mer et d'un certain art de vivre sur les rivages de la Méditerranée.
Nous prenons bonne note à ce titre que l'avant-projet a bien identifié la pêche sous-marine comme un usage traditionnel, particulièrement dans la région marseillaise, intimement lié au développement de l'exploration sous-marine après-guerre. En ce sens, et puisque les mesures abordées concernant cet usage renvoient à la démarche Natura 2000 d'ores et déjà engagée sur le site, c'est l'occasion de rappeler les termes de l'article L.414-1 V du Code de l'Environnement. Celui-ci fait apparaître l'enjeu d'une vision partagée du diagnostic du milieu pour justifier des restrictions d'usages qui seraient contraires à l'esprit principal de cet article:
« Les mesures de prévention ne conduisent pas à interdire les activités humaines dès lors qu'elles n'ont pas d'effets significatifs sur le maintien ou le rétablissement dans un état de conservation favorable de ces habitats naturels et de ces espèces. La pêche, les activités aquacoles, la chasse et les autres activités cynégétiques pratiquées dans les conditions et sur les territoires autorisés par les lois et règlement en vigueur, ne constituent pas des activités perturbantes ou ayant de tels effets. ».
Par plusieurs aspects, FCSMP conteste la stigmatisation a priori de la pêche sous-marine dans les diagnostics portant sur l'état des habitats et des peuplements marins, traduite par le recours quasi mécanique à des restrictions discriminatoires à l'encontre d'un usage pourtant parmi les plus aptes à développer des valeurs écoresponsables.
Vous trouverez ci-jointes nos remarques plus détaillées sur le document que vous nous avez soumis. La relecture de ces notes nous semble montrer que le processus en cours, a l'idée duquel nous adhérons comporte encore des erreurs concernant notre activité, qui devraient être prises en compte pour un aboutissement consensuel:
1. le rythme de la gestion ne doit pas être confondu avec l'urgence de la création du Parc. La précipitation dans l'élaboration des mesures de gestion, à commencer par les études de diagnostic et l'évaluation de l'impact prévisible des mesures, ne permettra pas une réelle concertation ; sauf à réduire celle-ci à une consultation, voire une information, l'enjeu est bien d'associer les usagers à co-construire une nouvelle perception du territoire.
2. en ce sens, il y a lieu de distinguer les objectifs de préservation de la biodiversité tels que formulés par les conventions internationales et les directives européennes, et la gestion halieutique. Nous mettons donc en cause (et pas seulement dans le cas présent), une approche des problématiques uniquement biologique (biodiversité qui ne nous semble pas être l'enjeu majeur car peu menacée en réalité), quand il conviendrait d'engager surtout une réelle démarche de gestion halieutique INTEGREE.
3. pour ces raisons, le dire d'expert, s'il peut fonder l'identification des sites remarquables, ne peut pas continuer à constituer le recours systématique lorsque les études font défaut. TOUS LES ACTEURS de la concertation, y compris les scientifiques, reconnaissent ce déficit d'études approfondies et il ne serait pas digne de l'ambition de ce Parc National de nouvelle génération de négliger une démarche véritablement rationnelle et scientifique.
4. il nous semble essentiel que l'évaluation des prélèvements dans le cœur du Parc et l'aire adjacente, concerne toutes les activités de pêche (récréatives, professionnelles, pratiques illicites des deux précédentes). Les évaluations actuelles, focalisées sur les pratiques récréatives et très insuffisantes, laissent entrevoir un positionnement politique discutable sur le long terme: plusieurs études ont montré que la pêche récréative avait un poids économique supérieur à celui de la pêche professionnelle, et les halieutes constatent malheureusement que la filière professionnelle n'est pas gérée de façon durable.
5. enfin, une étude écologique manque pour comprendre la raréfaction des ressources au regard d'autres facteurs de dégradation : qualité de l'eau, dérangement, habitats, fonctionnalités des milieux...
FCSMP appelle donc de ses vœux pour cette Aire Marine Protégée exceptionnelle, une exemplarité dans la préparation puis la mise en œuvre d'une gestion intégrée des prélèvements, consolidée par une concertation réelle dans un objectif de préservation, voire de développement de la ressource. L'appui sur le long terme d'un organisme qualifié dans la recherche halieutique et la gestion des pêches nous paraît essentiel pour cela : IFREMER, CERHE.
De la même façon, nous nous joignons au GIP pour souligner l'impérieuse nécessité de développer les moyens d'information, de sensibilisation, de contrôle, et de répression en mer et sur les sites d'accès à l'espace marin : ports de plaisance, cales de mise à l'eau, calanques. Assurer le respect des réglementations existantes (déjà nombreuses et souvent pertinentes) n'est pas un minimum : il s'agit du principal axe de préservation des sites et de leur richesse. La sur-réglementation nous paraît une réponse hâtive, et susceptible de rendre plus complexe une mission aujourd'hui parfois déjà insurmontable (cf. évolution récente et difficultés Porquerolles).
Pour sa part, FCSMP souhaite affirmer encore son soutien au projet du Parc. Notre association d'usagers ne se contente pas de défendre la pêche sous-marine ; elle engage une réflexion active avec ses adhérents pour une pratique plus respectueuse du milieu et des peuplements. La pêche sous-marine exige en effet une grande connaissance du milieu marin, et nombre de ses adeptes se montrent très attachés à la qualité de celui-ci. Vous pourrez ainsi constater ( http://www.fcsmpassion.com/ ) que notre association ne souhaite pas s'impliquer dans la défense ou la promotion de la compétition, préconise le respect des mailles biologiques et propose d'ores et déjà des quotas particuliers pour des problématiques spécifiques. Nous avons également proposé récemment la mise à disposition d'un carnet de prélèvement en ligne au GIS Posidonie, au PN de Port Cros, au Parc Marin de la Côte Bleue, dans la perspective d'une évaluation plus précise de l'impact de cet usage.
Cette action nous paraît profitable aux gestionnaires et aux autorités, c'est pourquoi votre écoute et votre soutien nous sont précieux. L'organisation de réunions de travail en dehors des heures de bureaux de nos représentants bénévoles, l'intégration aux organes d'administration et de gestion du Parc, et la mise en place de partenariats et de projets communs seraient différents moyens de conforter une relation de coopération fructueuse.
Dans cette perspective positive, nous vous prions d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de nos salutations très respectueuses.
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