A l'attention de
Monsieur Stéphan BEAUCHER
responsable de la campagne OCEANS
Greenpeace
Objet : Refonte de la pratique
de la pêche sous-marine de loisir et de compétition
Copies :
Ministère de la Santé,
de la Jeunesse
et des Sports
Ministère de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement Durables
Ministère de l'Agriculture (Direction des Pêches)
Comité Directeur National de la
Fédération d'Etudes et des Sports Sous-Marins
Monsieur,
Par courrier en date du 10 septembre 2007 vous
évoquez la « refonte de la pratique de la chasse sous-marine de loisir et
de compétition » auprès de Madame la Ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports.
Votre analyse révèle malheureusement une
méconnaissance importante de notre discipline et nécessite donc les
rectifications suivantes :
Cas des compétitions sur poissons vivants
La
Fédération Chasse
Sous-Marine Passion représente les chasseurs sous-marins de loisir et n'est en
aucun cas préoccupée de l'avenir ou de la défense des compétitions de chasse
sous-marine. Toutefois il n'est pas acceptable de présenter cette activité
d'une façon si caricaturale aux seuls fins d'imposer une image négative de
l'ensemble de la pratique.
Les compétiteurs de chasse sous-marine ne
représentent que quelques centaines de pêcheurs sous-marins pour l'ensemble de la France. Le nombre de
compétitions est très limité.
Si, à une certaine époque la compétition a pu donner
lieu à des prélèvements inconsidérés, quoi que limités en valeur absolue, les
règlements de ces compétitions ont évolué pour conduire à des prélèvements
extrêmement limités par compétiteur. Ces prélèvements ne sont pas mis au rebut
mais confié à des organisations caritatives qui transforment le poisson prélevé
en repas de qualité pour leurs bénéficiaires.
De la même façon l'entraînement des compétiteurs ne
consiste pas, « de fait, à tuer du poisson à longueur d'année en dehors
des compétitions ». L'entraînement consiste à la pratique de l'apnée, la
pratique du tir sur cible, la nage en mer, l'apnée en mer. Le sous-entendu fait
dans votre courrier selon lequel les compétiteurs procéderaient à une vente du
produit de leur entraînement ne peut correspondre qu'à du braconnage. La vente
du poisson issu de la pêche de loisir est interdite en France.
Enfin, le cas cité d'une compétition de pêche au
requin à Noirmoutier, le 18 août 2007, concernait a priori une compétition de
pêche à la ligne et non de pêche sous-marine. Il est particulièrement spécieux
d'associer la dérive d'une pratique, la pêche à la ligne en mer, qui rassemble
2 200 000 pratiquants, aux interdictions qu'il serait nécessaire de prononcer
sur une autre pratique, la pêche sous-marine.
Nous vous rejoignons parfaitement sur le fait que
toute restriction ou interdiction nécessaire à la préservation de la ressource
devra être globale, c'est-à-dire concerner toutes les formes de prélèvements,
qu'ils soient le fait des différentes pratiques de pêche de loisir mais aussi
de la pêche professionnelle. Sans quoi elles ne seront qu'une discrimination
portée à l'égard d'une minorité et un rideau de fumée dissimulant la part
respective de l'affaissement de la ressource imputable à chaque pratique et
différant d'autant la nécessité de mesures globales.
Pratique de loisir : interdictions particulières, formation et permis
de chasse
La pratique individuelle de la chasse sous-marine est
strictement soumise à une déclaration préalable aux affaires maritimes sur
présentation d'une attestation d'assurance en responsabilité civile qui donne
lieu :
-à une information sur
les règlements applicables,
-à la signature
d'unereconnaissance de la
réglementation en vigueur,
-à la remise d'un
récépissé valant autorisant de chasse.
Environ 40 000 pêcheurs sous-marins se livrent
annuellement à cette déclaration et il n'est guère que quelques
« terriens » pour l'ignorer. En effet les affaires maritimes
procèdent à des contrôles très réguliers en mer et sur les points d'accès au
littoral et le défaut de déclaration est passible d'amende. De même le défaut
de respect des règles de sécurité, des zones de protection, des tailles et
quotas de capture est passible d'amendes voire de confiscation du matériel
ayant servi aux captures illégales (équipement, bateau, véhicule personnel).
Aucun pratiquant censé ne se risque à encourir de telles amendes. C'est le fait
de braconniers.
Vous évoquez dans votre analyse des dérives qui
seraient fondées sur l'ignorance (« pêche sous-marine avec
bouteille », « braconnage dans les réserves marines »,
« vente aux restaurateurs », etc.). A l'évidence de telles pratiques
ne sont pas fondées sur une ignorance de la réglementation mais sont le fait
d'individus braconniers, parfaitement conscients de leur délit, qui recherchent
un revenu illégal, qu'il convient de réprimer sévèrement. La plongée bouteille en
autonomie suppose une formation dispensée par la FFESSM et cette formation
implique forcément la connaissance de la réglementation selon laquelle la pêche
sous-marine s'exerce uniquement en apnée et selon laquelle il est strictement
interdit de détenir un équipement de plongée bouteille et un fusil harpon sur
le même bateau. De même « le braconnage dans les réserves marines »
ou « la vente aux restaurateurs » ne sauraient procéder d'une
ignorance de la réglementation. C'est une lapalissade !
Vous citez « l'utilisation d'une arme au
potentiel hautement destructeur ». Nous rappelons que le fusil harpon,
chargé à la seule puissance des bras, dont la flèche est raccordé au fusil par
un bout d'environ 3 mètres,
n'a qu'une portée très limitée dans l'eau. La pratique individuelle de la
chasse sous-marine avec le fusil harpon n'entraîne aucune accidentologie
particulière. Les accidents sont extrêmement rares. Le rapport d'activité du
CROSS 2007 ne signale aucun accident lié à la manipulation du fusil harpon. L'argument
de la sécurité invoqué pour l'organisation d'un examen de pêche sous-marine
apparaît donc particulièrement spécieux.
Pour ce qui est de la formation des pratiquants, là
encore il convient de remarquer que la très grande majorité des pêcheurs
sous-marins sont des habitants du littoral, qui connaissent parfaitement le
milieu où ils évoluent, les dangers de la mer et de la pratique de l'apnée et,
en ce qui concerne la protection du milieu, sont souvent catastrophés des
dégâts commis inconsciemment l'été du fait de la fréquentation de touristes
ignorants de l'écosystème marin. Si des actions de formations doivent être
envisagées il nous semblerait plus opportun et constructif de mettre à profit
la connaissance approfondie du milieu des pratiquants de la pêche sous-marine
au profit d'une population moins formée parce qu'elle pratique des formes de
pêche plus accessibles et plus faciles qui ne nécessitent pas une immersion
complète dans le milieu et sa connaissance. Ainsi, et à titre d'exemple, l'Atelier Bleu à La Ciotat, dont l'action
pédagogique en matière sensibilisation à l'environnement marin est reconnue par
les collectivités et l'Etat, est animée par des pêcheurs sous marins totalement
investis dans la préservation du milieu et des peuplements marins.
L'argumentation avancée pour justifier
l'instauration d'un permis de pêche sous-marine est donc spécieuse. Par contre
il est vrai que quelques représentants de la FFESSM ont pu promouvoir l'instauration d'un
permis de pêche sous-marine dans la perspective évidente de la souscription
obligatoire de la licence fédérale pour 40 000 pratiquants fixée à ce jour
à 35 euros. Cette manne constitue un enjeu financier important. Cette position,
tout comme celle prise par la
FFESSM dans le cadre des travaux du Comité Opérationnel 12 du
Grenelle de l'Environnement, n'est pas partagée au sein de la FFESSM par les pratiquants
de la pêche sous-marine et donne lieu, en ce moment même, à une contestation
administrative pour non respect du fonctionnement démocratique exigée d'une
fédération sportive en application de la loi qui les encadre. (Sur ce point un
rapport de l'inspection du ministère de la Santé, de la Jeunesse et des Sports - rapport Madoré - indique
clairement qu'elles sont ces dérives.)
Enfin concernant l'impact de la pêche sous-marine
sur la biodiversité et l'écosystème, nous ne la nions pas et nous sommes prêt à
améliorer nos pratiques vers une attitude plus responsable encore. Il nous
semble toutefois très caricatural et surtout très surprenant de cibler la pêche
sous-marine, petit poucet des pêches de loisir. La pêche sous-marine représente
en effet un nombre infime de pratiquants et un prélèvement infime au sein de la
pêche de loisir,l'impact de l'ensemble des pêches récréatives ayant
été évalué récemment à 3% de celui des pêcheries professionnelles par
l'IFREMER.Il s'agit par ailleurs d'une
discipline exigeante et difficile d'accès qu'il faut pratiquer des années avant
de pouvoir prétendre à des captures équivalentes à la pêche à la ligne.
La pêche sous-marine est d'ores et déjà très
encadrée pour ses 40 000 pratiquants, cantonnements à crustacés (exemples bretons
des cantonnement des Glénan, cantonnement de Crozon, cantonnement de Lervily),
quotas stricts (6 araignées par jour et par pêcheur). Dans le même temps
l'usage de casiers et de filets reste autorisé sur ces mêmes zones sans
qu'aucun quota ne soit applicable pour les autres pêcheurs de loisir.
De la même façon, alors que notre pratique est par
essence sélective, que nous observons, par discipline et conviction, une maille
biologique élevée, que nous respectons les périodes de repos biologique, une
petite minorité d'unités de pêche professionnelle utilise des engins
redoutables qui mettent en péril la ressource de façon définitive sans aucune
restriction et avec des pertes énormes. L'utilisation de la bolinche ou senne,
en baie de Douarnenez, zone de frayère et nourricière des alevins pour la mer
d'Iroise, dans la bande des 3
miles (la baie fait moins de 6 miles) interdite au
chalutage, alors que les tombants des sennes font 75 mètres et que les
fonds en baie ne dépassent pas 35 à 40 mètres, détruit de façon irrémédiable la
ressource toute entière par destruction de générations entières d'alevins ou de
géniteurs. La dorade rose a ainsi quasiment disparu sur « un seul coup de chalut »
tristement célèbre.
En conclusion nous partageons votre engagement pour
la sauvegarde de la biodiversité et pour la sauvegarde des écosystèmes. Cela ne
date pas d'hier, la FCSMP
avait déjà, pour information, signé la pétition du Collectif Bar Européen qui
avait été lancée en 2003.
Nous sommes conscients que « nous n'héritons
pas de la terre, nous l'empruntons à nos enfants ».Notre propre vœu est de pouvoir
transmettre notre passion à nos enfants qui pourront peut-être pratiquer dans
une mer plus peuplée qu'aujourd'hui.Nous
respectons l'engagement de Greenpeace et certains de nos membres sont également
membres de Greenpeace. C'est pourquoi nous vous proposons, plutôt que des
mesures administratives inutiles car sans efficacité, de nature à masquer les
réels problèmes, de travailler à des mesures globales, comprises et mises en
œuvre par tous, pour sauvegarder notre terre pour nos enfants.
Nous avons
le sentiment que les pêcheurs sous-marins, par leur présence régulière en mer,
au sein même de l'élément, constituent autant de vigies et de sentinelles
écologiques et sont tout aussi impliquées et respectables que les membres de
Greenpeace.Les pêcheurs sous-marins sont
aptes à contribuer, très activement et avec une réelle expertise, à une
meilleure gestion des milieux marins; il convient que ces amoureux de la mer,
tout comme vous, soient valorisés et non pas jetés en pâture médiatique ou
politique.
Nous vous prions d'agréer, Monsieur, nos salutations
distinguées.