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25/12/08 : Réponse FCSMP courrier Greenpeace

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25/12/08 : Réponse FCSMP courrier Greenpeace
Page 2

 

A l'attention de
Monsieur Stéphan BEAUCHER
responsable de la campagne OCEANS
Greenpeace

Objet : Refonte de la pratique de la pêche sous-marine de loisir et de compétition

Copies :
Ministère de la Santé, de la Jeunesse et des Sports
Ministère de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement Durables
Ministère de l'Agriculture (Direction des Pêches)
Comité Directeur National de la Fédération d'Etudes et des Sports Sous-Marins



Monsieur,

Par courrier en date du 10 septembre 2007 vous évoquez la « refonte de la pratique de la chasse sous-marine de loisir et de compétition » auprès de Madame la Ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports.

Votre analyse révèle malheureusement une méconnaissance importante de notre discipline et nécessite donc les rectifications suivantes :

Cas des compétitions sur poissons vivants

La Fédération Chasse Sous-Marine Passion représente les chasseurs sous-marins de loisir et n'est en aucun cas préoccupée de l'avenir ou de la défense des compétitions de chasse sous-marine. Toutefois il n'est pas acceptable de présenter cette activité d'une façon si caricaturale aux seuls fins d'imposer une image négative de l'ensemble de la pratique.

Les compétiteurs de chasse sous-marine ne représentent que quelques centaines de pêcheurs sous-marins pour l'ensemble de la France. Le nombre de compétitions est très limité.

Si, à une certaine époque la compétition a pu donner lieu à des prélèvements inconsidérés, quoi que limités en valeur absolue, les règlements de ces compétitions ont évolué pour conduire à des prélèvements extrêmement limités par compétiteur. Ces prélèvements ne sont pas mis au rebut mais confié à des organisations caritatives qui transforment le poisson prélevé en repas de qualité pour leurs bénéficiaires.

De la même façon l'entraînement des compétiteurs ne consiste pas, « de fait, à tuer du poisson à longueur d'année en dehors des compétitions ». L'entraînement consiste à la pratique de l'apnée, la pratique du tir sur cible, la nage en mer, l'apnée en mer. Le sous-entendu fait dans votre courrier selon lequel les compétiteurs procéderaient à une vente du produit de leur entraînement ne peut correspondre qu'à du braconnage. La vente du poisson issu de la pêche de loisir est interdite en France.

Enfin, le cas cité d'une compétition de pêche au requin à Noirmoutier, le 18 août 2007, concernait a priori une compétition de pêche à la ligne et non de pêche sous-marine. Il est particulièrement spécieux d'associer la dérive d'une pratique, la pêche à la ligne en mer, qui rassemble 2 200 000 pratiquants, aux interdictions qu'il serait nécessaire de prononcer sur une autre pratique, la pêche sous-marine.

Nous vous rejoignons parfaitement sur le fait que toute restriction ou interdiction nécessaire à la préservation de la ressource devra être globale, c'est-à-dire concerner toutes les formes de prélèvements, qu'ils soient le fait des différentes pratiques de pêche de loisir mais aussi de la pêche professionnelle. Sans quoi elles ne seront qu'une discrimination portée à l'égard d'une minorité et un rideau de fumée dissimulant la part respective de l'affaissement de la ressource imputable à chaque pratique et différant d'autant la nécessité de mesures globales.

Pratique de loisir : interdictions particulières, formation et permis de chasse

La pratique individuelle de la chasse sous-marine est strictement soumise à une déclaration préalable aux affaires maritimes sur présentation d'une attestation d'assurance en responsabilité civile qui donne lieu :

-         à une information sur les règlements applicables,

-         à la signature d'une  reconnaissance de la réglementation en vigueur,

-         à la remise d'un récépissé valant autorisant de chasse.

Environ 40 000 pêcheurs sous-marins se livrent annuellement à cette déclaration et il n'est guère que quelques « terriens » pour l'ignorer. En effet les affaires maritimes procèdent à des contrôles très réguliers en mer et sur les points d'accès au littoral et le défaut de déclaration est passible d'amende. De même le défaut de respect des règles de sécurité, des zones de protection, des tailles et quotas de capture est passible d'amendes voire de confiscation du matériel ayant servi aux captures illégales (équipement, bateau, véhicule personnel). Aucun pratiquant censé ne se risque à encourir de telles amendes. C'est le fait de braconniers.

Vous évoquez dans votre analyse des dérives qui seraient fondées sur l'ignorance (« pêche sous-marine avec bouteille », « braconnage dans les réserves marines », « vente aux restaurateurs », etc.). A l'évidence de telles pratiques ne sont pas fondées sur une ignorance de la réglementation mais sont le fait d'individus braconniers, parfaitement conscients de leur délit, qui recherchent un revenu illégal, qu'il convient de réprimer sévèrement. La plongée bouteille en autonomie suppose une formation dispensée par la FFESSM et cette formation implique forcément la connaissance de la réglementation selon laquelle la pêche sous-marine s'exerce uniquement en apnée et selon laquelle il est strictement interdit de détenir un équipement de plongée bouteille et un fusil harpon sur le même bateau. De même « le braconnage dans les réserves marines » ou « la vente aux restaurateurs » ne sauraient procéder d'une ignorance de la réglementation. C'est une lapalissade !

Vous citez « l'utilisation d'une arme au potentiel hautement destructeur ». Nous rappelons que le fusil harpon, chargé à la seule puissance des bras, dont la flèche est raccordé au fusil par un bout d'environ 3 mètres, n'a qu'une portée très limitée dans l'eau. La pratique individuelle de la chasse sous-marine avec le fusil harpon n'entraîne aucune accidentologie particulière. Les accidents sont extrêmement rares. Le rapport d'activité du CROSS 2007 ne signale aucun accident lié à la manipulation du fusil harpon. L'argument de la sécurité invoqué pour l'organisation d'un examen de pêche sous-marine apparaît donc particulièrement spécieux.

Pour ce qui est de la formation des pratiquants, là encore il convient de remarquer que la très grande majorité des pêcheurs sous-marins sont des habitants du littoral, qui connaissent parfaitement le milieu où ils évoluent, les dangers de la mer et de la pratique de l'apnée et, en ce qui concerne la protection du milieu, sont souvent catastrophés des dégâts commis inconsciemment l'été du fait de la fréquentation de touristes ignorants de l'écosystème marin. Si des actions de formations doivent être envisagées il nous semblerait plus opportun et constructif de mettre à profit la connaissance approfondie du milieu des pratiquants de la pêche sous-marine au profit d'une population moins formée parce qu'elle pratique des formes de pêche plus accessibles et plus faciles qui ne nécessitent pas une immersion complète dans le milieu et sa connaissance. Ainsi, et à titre d'exemple, l'Atelier Bleu à La Ciotat, dont l'action pédagogique en matière sensibilisation à l'environnement marin est reconnue par les collectivités et l'Etat, est animée par des pêcheurs sous marins totalement investis dans la préservation du milieu et des peuplements marins.

L'argumentation avancée pour justifier l'instauration d'un permis de pêche sous-marine est donc spécieuse. Par contre il est vrai que quelques représentants de la FFESSM ont pu promouvoir l'instauration d'un permis de pêche sous-marine dans la perspective évidente de la souscription obligatoire de la licence fédérale pour 40 000 pratiquants fixée à ce jour à 35 euros. Cette manne constitue un enjeu financier important. Cette position, tout comme celle prise par la FFESSM dans le cadre des travaux du Comité Opérationnel 12 du Grenelle de l'Environnement, n'est pas partagée au sein de la FFESSM par les pratiquants de la pêche sous-marine et donne lieu, en ce moment même, à une contestation administrative pour non respect du fonctionnement démocratique exigée d'une fédération sportive en application de la loi qui les encadre. (Sur ce point un rapport de l'inspection du ministère de la Santé, de la Jeunesse et des Sports - rapport Madoré - indique clairement qu'elles sont ces dérives.)

Enfin concernant l'impact de la pêche sous-marine sur la biodiversité et l'écosystème, nous ne la nions pas et nous sommes prêt à améliorer nos pratiques vers une attitude plus responsable encore. Il nous semble toutefois très caricatural et surtout très surprenant de cibler la pêche sous-marine, petit poucet des pêches de loisir. La pêche sous-marine représente en effet un nombre infime de pratiquants et un prélèvement infime au sein de la pêche de loisir, l'impact de l'ensemble des pêches récréatives ayant été évalué récemment à 3% de celui des pêcheries professionnelles par l'IFREMER. Il s'agit par ailleurs d'une discipline exigeante et difficile d'accès qu'il faut pratiquer des années avant de pouvoir prétendre à des captures équivalentes à la pêche à la ligne.

La pêche sous-marine est d'ores et déjà très encadrée pour ses 40 000 pratiquants, cantonnements à crustacés (exemples bretons des cantonnement des Glénan, cantonnement de Crozon, cantonnement de Lervily), quotas stricts (6 araignées par jour et par pêcheur). Dans le même temps l'usage de casiers et de filets reste autorisé sur ces mêmes zones sans qu'aucun quota ne soit applicable pour les autres pêcheurs de loisir.

De la même façon, alors que notre pratique est par essence sélective, que nous observons, par discipline et conviction, une maille biologique élevée, que nous respectons les périodes de repos biologique, une petite minorité d'unités de pêche professionnelle utilise des engins redoutables qui mettent en péril la ressource de façon définitive sans aucune restriction et avec des pertes énormes. L'utilisation de la bolinche ou senne, en baie de Douarnenez, zone de frayère et nourricière des alevins pour la mer d'Iroise, dans la bande des 3 miles (la baie fait moins de 6 miles) interdite au chalutage, alors que les tombants des sennes font 75 mètres et que les fonds en baie ne dépassent pas 35 à 40 mètres, détruit de façon irrémédiable la ressource toute entière par destruction de générations entières d'alevins ou de géniteurs. La dorade rose a ainsi quasiment disparu sur « un seul coup de chalut » tristement célèbre.

En conclusion nous partageons votre engagement pour la sauvegarde de la biodiversité et pour la sauvegarde des écosystèmes. Cela ne date pas d'hier, la FCSMP avait déjà, pour information, signé la pétition du Collectif Bar Européen qui avait été lancée en 2003.

Nous sommes conscients que « nous n'héritons pas de la terre, nous l'empruntons à nos enfants ».Notre propre vœu est de pouvoir transmettre notre passion à nos enfants qui pourront peut-être pratiquer dans une mer plus peuplée qu'aujourd'hui. Nous respectons l'engagement de Greenpeace et certains de nos membres sont également membres de Greenpeace. C'est pourquoi nous vous proposons, plutôt que des mesures administratives inutiles car sans efficacité, de nature à masquer les réels problèmes, de travailler à des mesures globales, comprises et mises en œuvre par tous, pour sauvegarder notre terre pour nos enfants.

Nous avons le sentiment que les pêcheurs sous-marins, par leur présence régulière en mer, au sein même de l'élément, constituent autant de vigies et de sentinelles écologiques et sont tout aussi impliquées et respectables que les membres de Greenpeace. Les pêcheurs sous-marins sont aptes à contribuer, très activement et avec une réelle expertise, à une meilleure gestion des milieux marins; il convient que ces amoureux de la mer, tout comme vous, soient valorisés et non pas jetés en pâture médiatique ou politique.

Nous vous prions d'agréer, Monsieur, nos salutations distinguées.

 

Le Président de la FCSMP

 

 

 






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